PRISONNIERS POLITIQUES
Derrière les murs des prisons camerounaises, des femmes et des hommes restent privés de liberté dans des contextes liés aux crises politiques et à l’exercice de libertés fondamentales. La BAS veut mettre des noms et des visages sur ces détentions, documenter les situations et mobiliser toutes les forces capables d’agir pour le respect de leurs droits et la libération des personnes arbitrairement détenues.
NE LES OUBLIONS PAS
Les crises politiques qui ont marqué le Cameroun ces dernières années ont laissé derrière elles des hommes et des femmes toujours privés de liberté. Leurs parcours sont différents, leurs engagements également, mais plusieurs organisations de défense des droits humains ont dénoncé le caractère arbitraire de nombreuses détentions et l’utilisation de tribunaux militaires contre des civils.
Dans le contexte de la crise anglophone, Sisiku Julius Ayuk Tabe, condamné à la réclusion à perpétuité avec neuf autres dirigeants séparatistes, demeure l’une des figures les plus emblématiques de ces détentions. À ses côtés, Mancho Bibixy, figure des mouvements de protestation anglophones, purge une peine de quinze ans. Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a considéré leurs détentions comme arbitraires et demandé leur libération. Amnesty FR→
La répression des manifestations organisées par le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) a également conduit à de lourdes condamnations. Alain Fogué Tedom et Olivier Bibou Nissack, porte-parole de Maurice Kamto, ont été condamnés à sept ans d’emprisonnement. Awasum Mispa Fri, présidente des Femmes du MRC, a elle aussi été condamnée à sept ans. Amnesty International a dénoncé ces détentions et rappelé que des dizaines de militants et responsables de l’opposition avaient été condamnés par des tribunaux militaires .
Lire le rapport Amnesty International sur les détenus Anglophones et MRC →
D’autres visages illustrent aujourd’hui la persistance de la question des libertés politiques et citoyennes : Ramon Cotta ( enlevé au Gabon) , Aladji Lougman ou encore Jacques Bertrand Mang. Leurs situations étant juridiquement différentes, la BAS entend les documenter individuellement plutôt que de présenter toutes ces détentions comme relevant d’un même dossier. Lire Amnesty International sur la détention de Ramon Cotta
La crise postélectorale de 2025 a, elle aussi, conduit à de nouvelles arrestations. Parmi les personnalités que nous avons retenues figure Djeukam Tchameni, arrêté dans le contexte de la contestation ayant suivi l’élection présidentielle. Lire l’article Reuters sur l’arrestation de Djeukam Tchameni →
Pour la BAS, ces noms ne doivent pas devenir de simples statistiques. Chaque détenu a un visage, une famille et des droits. Nous demandons que chaque situation soit examinée dans le respect des libertés fondamentales, du droit à un procès équitable et des normes internationales relatives à la détention.



INFORMER NE DOIT JAMAIS COÛTER LA VIE


Au Cameroun, le travail des journalistes s’exerce parfois dans un environnement marqué par les pressions, les menaces et les atteintes à la liberté de la presse. Les destins de Samuel Wazizi et Martinez Zogo en sont devenus deux symboles particulièrement tragiques.
Samuel Wazizi, journaliste anglophone, a été arrêté à Buea en août 2019 avant d’être détenu au secret. Pendant de longs mois, sa famille et ses avocats sont restés sans nouvelles de lui. Ce n’est qu’en juin 2020 que les autorités ont reconnu qu’il était mort en détention plusieurs mois auparavant. Son décès a provoqué de nombreuses demandes d’enquête indépendante et de clarification sur les circonstances de sa mort. Rapport HRW sur S Wazizi
Martinez Zogo, journaliste et animateur connu pour ses enquêtes et dénonciations de faits présumés de corruption, a été enlevé en janvier 2023. Son corps a été retrouvé quelques jours plus tard avec des traces de sévices. Son assassinat a entraîné une enquête judiciaire et l’arrestation de plusieurs personnes, notamment liées aux services de renseignement. L’affaire demeure emblématique des dangers auxquels peuvent être confrontés ceux qui enquêtent sur les réseaux de pouvoir et d’intérêts.Voir rapport Reporters Sans Frontières→
Pour la BAS, ces deux affaires posent une exigence fondamentale : un journaliste doit pouvoir enquêter, informer et critiquer sans craindre l’enlèvement, la détention, la torture ou la mort. La vérité sur les circonstances et les responsabilités doit pouvoir être établie par une justice indépendante. EU SEE/Hivos arrestation et détention Jacques Bertrand Mang
ANICET EKANE : MORT POUR SES IDÉES
Anicet Ekane, président du MANIDEM et figure historique de l’opposition camerounaise, est arrêté le 24 octobre 2025, dans le contexte des tensions qui suivent l’élection présidentielle du 12 octobre. Âgé de 74 ans et souffrant de problèmes de santé, il est détenu au Secrétariat d’État à la Défense (SED) à Yaoundé.
Le 1er décembre 2025, Anicet Ekane meurt en détention. Ses proches et ses avocats mettent en cause les conditions de sa prise en charge médicale. Les autorités camerounaises affirment pour leur part qu’il a bénéficié de soins appropriés et annoncent l’ouverture d’une enquête.
Human Rights Watch demande alors une enquête rapide, impartiale et effective afin d’établir les circonstances de sa mort et les éventuelles responsabilités. Lire Le Monde
Pour la BAS, au-delà des divergences politiques, une exigence demeure fondamentale : toute personne détenue est placée sous la responsabilité de l’État. Sa dignité, son intégrité physique et son accès aux soins doivent être garantis. Lire HRW sur la mort de Anicet .E

